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 "Comme les géologues étudient la Terre, l'argot apparaît comme une véritable alluvion." Hugo, les misérables, l'Idylle et l'épopée.

"Pendant tout le temps qu'elle avait été là, il avait vécu de cette vie de l'extase qui suspend les perceptions matérielles et précipite toute l'âme sur un seul point." Hugo, Les Misérables, Marius.

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Mardi 6 novembre 2007

 Voici l'article dont je parlais, par un suprenant hasard, un pote de ma promo l'a diffusé sur une mailing liste, et par forward etc etc, je l'ai récupéré! Le voici le voilà, j'aime!

 (mais rassurez vous, celà ne me fera pas changer d'avis concernant les grèves en France, et c'est pas pour autant que vous me trouverez dans la rue à l'université de tolbiac... )

Sans théorie de la relativité, pas de GPS, par Cédric Foellmi
LE MONDE | 03.11.07

Monsieur le président de la République, je vous écris pour vous parler
de la recherche française. Pas de développement ou d'innovation, mais
de recherche fondamentale publique civile. Je vous épargnerai la bête
énumération des conséquences d'un sous-financement chronique, bien que
je vienne quand même vous réclamer beaucoup d'argent. Et même plus,
puisque je souhaiterais que vous compreniez que lier la recherche
fondamentale à ses applications industrielles, c'est assurément
détruire la première aujourd'hui, mais également les secondes demain.

Sachez que je n'ai aucun contact avec une quelconque industrie ou
entreprise de ce pays ou d'un autre, grande ou petite, et cela ne
m'intéresse pas du tout. C'est précisément ma parfaite inutilité
économique directe qui me fait croire que mon minuscule exemple est
représentatif d'une large portion silencieuse du corps des chercheurs
de ce pays. Je suis astronome.

J'observe les étoiles. Ma spécialité, ce sont celles qui deviennent
des trous noirs. Etonnant, non ? Et, très franchement, vous n'imaginez
pas à quel point vous avez besoin de moi, monsieur le président.
J'aimerais vous en convaincre, en rompant avec les discours
pontifiants habituels : "Il faut développer une économie du savoir",
ou plus inepte encore "depuis la nuit des temps, les hommes regardent
le ciel".

Vous avez certainement déjà utilisé un GPS. Il y a pourtant un
ingrédient essentiel du GPS qui provient directement de la recherche
fondamentale qui s'appelle la relativité générale, découverte par
Albert Einstein. C'est aussi simple que cela : pas de relativité, pas
de GPS. Les deux choses ne sont pourtant pas faites par les mêmes
personnes : la relativité vient avant le GPS.

La raison pour laquelle, vous, monsieur le président, avez besoin
d'astronomes est très simple : la planète Terre n'est pas assez grande
pour nos idées. Certes, il existe des laboratoires géants comme le
CERN et ITER, mais ça n'est pas suffisant. Et de très loin. Donc on
utilise l'Univers et les étoiles. C'est le seul "laboratoire" qui nous
permette d'atteindre les conditions extrêmes de la nature, nécessaires
au tripatouillage incessant de nos idées. Les trous noirs sont un
exemple parfait : à ce jour seule la relativité (la même que celle des
GPS) permet de les appréhender. La relativité sert à faire des modèles
d'univers et de trous noirs, notamment. Et aussi des GPS. Mais on ne
l'a pas trouvée en cherchant des GPS. Les astronomes veulent
comprendre l'Univers et les étoiles et, ce faisant, élargissent
lentement le terrain de jeu des ingénieurs. Pas l'inverse.

Sachez aussi qu'on ne fait pas de recherche "sociale", dans le sens où
l'on ne cherche aucunement à prendre soin des idées les plus pauvres.
Rien qu'en astronomie observationnelle, durant les deux ans qu'une
simple nouvelle idée, au minimum, met à émerger, environ 25 000 autres
articles sont déjà sortis. La compétition, la concurrence et la
culture des résultats, on connaît très bien, et on n'a de leçons à
recevoir de personne.

Inversement, le système de la recherche fondamentale publique civile
doit être éminemment stable. Dans l'histoire de l'humanité, nous
sommes les mieux équipés (le GPS), mais on réfléchit probablement
aussi lentement que dans l'Antiquité. Alors que l'accroissement de
l'innovation industrielle peut être corrélé avec le nombre
d'ingénieurs, ce n'est pas le cas de la recherche fondamentale et des
chercheurs. Le critère d'excellence de la recherche n'est pas la
rapidité d'exécution d'un projet, ni le nombre de ses brevets, mais la
liberté de ses acteurs.

Donc parlons franchement, monsieur le président. Parlons de ma
liberté. Ma liberté de penser, et de mouvement. Comment voulez-vous
que je développe une recherche de qualité si mon horizon matériel est
de deux ans, c'est-à-dire le temps de réalisation d'une seule idée ?
Comment voulez-vous que je développe la recherche de pointe dont vous
aurez besoin, payé un peu plus que le smic, à 33 ans, bac + 9 + 5 ans
de post-doc, parlant trois langues, avec des idées et des ambitions,
déjà huit ans d'expérience à l'étranger, sans fonds pour voyager, et
sans moyen réel d'engager des étudiants ? Qui va me payer, monsieur le
président, si ce n'est pas vous ?

Les moyens que vous m'offrez sont très insuffisants. Mon université
est au bord de la faillite. Mon labo, avec un effectif en croissance
de 20 %, est l'un des deux seuls labos français qui n'ont pas vu leur
minuscule dotation de base diminuer. L'équipe dans laquelle je
travaille ne recevra pas un centime de mon labo. Nous allons tant bien
que mal récupérer 10 000 euros, dans les programmes nationaux. Mon
équipe compte seize personnes : 625 euros par chercheur cette année !
Vous avez une préférence pour la couleur des crayons ?

Je ne vous demande ni l'aumône ni la lune. Je vous demande des
milliards d'euros. Vite. Je vous demande d'arrêter de financer la
recherche américaine. Je vous demande d'arrêter de prendre les
chercheurs pour des employés de Total ou de l'armée. En retour, je ne
vous promets absolument rien. Mes pairs, et eux seulement, jugeront de
la qualité de mon travail, et de ma motivation. Une vraie liberté de
moyens ne va évidemment pas sans une modification profonde du système.
Je ne vois qu'une seule raison pour laquelle cela n'a pas été déjà
fait : le contrôle, le pilotage. Autant je peux comprendre qu'il
faille déterminer une politique scientifique à l'échelle nationale
pour engager de lourds investissements (ITER), autant cette conception
est ontologiquement impossible et désespérément épuisante à l'échelle
du chercheur. Vous voulez piloter mes projets, monsieur le président ?
Sur les trous noirs galactiques ?

Je ne travaillerai jamais pour Total, ni pour le prochain GPS. Je
travaille avec acharnement pour dépasser Albert Einstein. Pour cela il
faut supprimer l'Agence nationale de la recherche (ANR), parce que la
recherche fondamentale publique civile est un flux, pas une collection
de petites boîtes appelées "projets". Et ne me demandez pas de passer
un énième diplôme ou une habilitation à diriger des recherches. Des
diplômes, on en a tous suffisamment. Là, on a surtout besoin de
liberté, et de liberté d'action.

Cédric Foellmi est astronome au Laboratoire d'astrophysique de Grenoble

Par Matthieu Emmanuel - Publié dans : citations et textes libres
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"Le poète ne peut pas longtemps demeurer dans la stratosphère du Verbe. Il doit se lover dans de nouvelles larmes et pousser plus avant dans son ordre. " René Char, Sur la poésie.

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"Un homme sans défauts est une montagne sans crevasses. Il ne m'intéresse pas."
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"L'acquiescement éclaire le visage. Le refus lui donne la beauté."
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René Char, Fureur et mystère

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